L'ampleur du dossier proposé à l'enquête publique ne permet pas dans les conditions imparties une analyse détaillée du document. En conséquence, nous n'aborderons que l'analyse des orientations générales en tenant le parti pris de son contenu au regard de la crise écologique majeure qui s'étend sur toute la planète. Rappelons les caractéristiques essentielles de cette crise. Son caractère fondamental est son irréversibilité dans trois domaines principaux : la biodiversité et son érosion, les dérèglements climatiques et les émissions de G.E.S et la diminution des ressources naturelles dont celle du pétrole. Le SCOT apporte-t-il les bonnes réponses aux enjeux environnementaux ?


Le SCOT, ainsi que ses prédécesseurs, le SDAT, le SDAU sont considérés comme des outils de planification qui s'appuient sur quatre principes :

  • l'opposabilité concernant les grands équipements (infrastructures de transport, zone d'aménagement à caractère intercommunal, etc.)
  • l'agrégat des volontés communales en matière de logements donc de développement, faisant de l'ensemble un projet manquant très souvent de cohérence.
  • Une utilisation des espaces agricoles et naturels sans souci des impacts encourus. Les deux principes précédents conduisent à un étalement urbain que beaucoup contestent aujourd'hui.
  • L'environnement a toujours été considéré comme une variable d'ajustement avec l'objectif d'en réduire les impacts (pollution, destructions de milieux). Par exemple, la vallée de la Choisille, un des rares espaces de l'agglomération tourangelle qui aurait du être protégé, a vu son territoire défiguré par l'emprise de la rocade ; les mesures compensatoires devant seules répondre à ces impacts. Quelle erreur !

Ce modèle de développement n'est pas propre à l'agglomération tourangelle mais il a été poussé à son maximum dans celle-ci depuis les années 1970, d'où les difficultés aujourd'hui pour réparer ces erreurs. Tout ceci n'avait rien à voir, en fait, avec un modèle de planification puisque le caractère principal a été le laisser-faire.

Le SCOT, en débat, inverse-t-il cette tendance ?

Les différentes méthodes conduisant à son élaboration (commissions, conseil de développement, réunions publiques, rencontres informelles), auxquelles la SEPANT a participé, ont permis des échanges constructifs dans la perspective d'élaboration d'un modèle tournant le dos à 40 années de laisser faire. Des outils nouveaux, à notre demande, ont vu le jour : des schémas de protection des espaces agricoles et naturels ont été réalisés D'une part la trame verte et bleue et d'autre part un diagnostic agricole font partie des documents sur lesquels s'appuient la stratégie de ce SCOT C'est une avancée intéressante. Ce socle « agronaturel », dont parle le dossier, est une réponse mais avec une réserve majeure. En effet, 900 hectares de terres agricoles vont encore disparaître, seuls 500 hectares, prévus à l'urbanisation, vont être remis à l'agriculture. Les communes qui ne veulent pas assumer cette nouvelle stratégie vont continuer à gaspiller l'espace et à poursuivre l'étalement urbain si contesté. Ce constat enlève beaucoup de poids à la cohérence du projet. Nous ne pouvons que dénoncer ce laxisme.
Par ailleurs une cartographie des enjeux de la biodiversité est présentée, s'appuyant sur le document de la trame verte. Cela représente une avancée significative. Mais là encore avec un oubli du législateur qui affaiblit le document. En effet celle-ci n'est pas opposable pouvant conduire à toute sorte d'entorses. Ainsi prévoir un parc photovoltaïque de 14 hectares sur la lande de Larçay, retenue comme zone de biodiversité à protéger (document trame verte), est une aberration. Nous condamnons cette façon d'utiliser un patrimoine (les landes) en voie de régression dans le département pour un usage, fort louable, mais qui peut s'implanter dans d'autres conditions n'altérant pas les sites naturels remarquables. Entre un principe général, que nous soutenons et la mise en œuvre, il y a parfois tout un monde !
Le choix de l'étalement urbain et l'absence d'une réelle planification a obligé les aménageurs, avec l'aide indirecte d'un pétrole bon marché, car considéré comme abondant, à construire des voieries de contournement (rocades). Les véhicules privés ont donc régné pendant toute cette période. Or tout change sous nos yeux, l'urgence climatique nous impose d'inverser la tendance actuelle par des ruptures qui doivent redonner aux transports publics la
place qu'ils ont occupée après la deuxième guerre. Or de nombreux décideurs rêvent de poursuivre la construction du périphérique, dans sa partie nord. Le tracé projeté dans un document du Conseil Général de 2009 détruisait l'espace agricole et en partie des zones humides à protéger sur Notre Dame d'Oé. Le SCOT n'envisage pas cette solution car il imagine un modèle organisé des transports publics autour du tramway et de l'étoile ferroviaire, l'aménagement de l'agglomération devant se faire autour de pôles secondaires liés à cette nouvelle organisation des transports.
Cette volonté de rupture nous la soutenons mais nous craignons fortement qu'un jour le lobby des transports privés revienne à la charge en imposant ce tronçon. Bien entendu c'est le climat et ses dérèglements qui en feront les frais mais aussi tous les citoyens.
Une des questions que soulève le SCOT concerne l'approvisionnement en eau potable de l'agglomération. La décision du SDAGE de 2009 considère obligatoire une réduction de 20% des prélèvements dans la nappe du Cénomanien, objectif que les communes envisagent de mettre en œuvre. Or la nécessité d'une stratégie cohérente, dans un contexte hydrogéologique compliqué, impose une volonté politique de dépasser la stricte vision communale. Le SCOT ne dit mot sur cette contradiction que nous observons souvent entre l'enjeu environnemental et les compétences des collectivités. L'organisation politique doit se concevoir également en fonction des problèmes rencontrés.

La croissance de l'agglomération. Quelle croissance ?

De façon plus globale, le modèle retenu est une croissance de 30.000 habitants supplémentaires que le seul vieillissement explique. La métropole tourangelle continuerait d'appauvrir le reste du département comme cela s'est fait depuis 40 ans. L'idée du '' toujours plus'' est une idée du passé au vu des crises majeures aux quelles sont confrontées nos sociétés. L'objectif pour demain est de décentraliser. Le SCOT évite ce débat pour poursuivre la même politique du renforcement de l'agglomération tourangelle au détriment des pôles secondaires (Loches, Chinon, Amboise, Château-Renault, etc..). Débat fort ancien mais qui s'impose plus aujourd'hui du fait des ruptures à mettre en place.
La SEPANT prend donc acte avec satisfaction de la meilleure prise en compte de l'environnement dans le projet de SCOT de l'agglomération tourangelle, en regrettant cependant que l'environnement y apparaisse plus comme une contrainte que comme un atout. Elle manifeste son inquiétude face aux nombreux points non résolus (gestion de l'eau, émission de GES, incertitudes et éventualités relatives au prolongement du périphérique, par exemple) ou aux efforts annoncés qui paraissent insuffisants (protection des territoires relevant de la trame verte et bleue, lutte contre l'étalement urbain, notamment) dans ce vaste document de programmation.

La SEPANT, le 25 juin 2013

 

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